Pour suivre l'actualité de l'association "Brest en Bulle", rendez-vous désormais sur son site officiel : brest.en.bulle.free.fr
A très vite !
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Île de Sarek... Elle sent la peur, la poudre et le varech. Véronique d'Hergemont y mène une enquête, à la recherche de ses disparus, ses peut-être-morts, son âme à elle. Son ex, l'horrible Vorski, a paraît-il péri en mer, et avec lui son fils chéri. Mais le coeur d'une mère est sans doute bien plus fort que la rumeur, plus croyant que les plus terribles superstitions. Il est gonflé à l'air des vents d'Ouest et surmontera tous les malheurs : sauts de l'ange depuis la falaise, exécutions en rafales, crucifixions sur la lande, que plus rien n'apaise.
L'ïle aux Trente Cercueils est avant tout un roman de Maurice Leblanc (le créateur d'Arsène Lupin), paru en feuilleton dans "Le Journal" à partir de 1919. C'est ensuite un téléfilm de la fin des années 1970, qui marqua bien des esprits. Notamment celui du petit Marc Lizano : "Tous ceux qui ont pu voir la série, avec Claude Jade dans le rôle de Véronique, en ont gardé un souvenir très fort. D'autant plus pour ceux, qui comme moi, ont pu voir les épisodes assez jeunes. J'avais à peine neuf ans lors de la diffusion en 1979, un âge assez idéal pour la regarder au premier degré."
L'adaption parue aujourd'hui chez Noctambule est justement empreinte de ces émotions rejaillies de la plus tendre enfance. La narration, les ambiances, les couleurs, plongent le lecteur dans un univers fantastique, particulièrement intrigant, labyrinthique. Thésée recherche le Minotaure. Véronique a un rendez-vous avec l'amour, mais elle devra d'abord sortir du dédale et affronter la mort.
Un très beau livre, aux fissures amères et aux parfums d'armor !
David Chauvel et Jérôme Lereculey sont des complices de longue date. S'appuyant sur de très scientifiques analyses au carbone 14, les paléontologues qui se sont intéressés à la genèse de leur histoire commune n'hésitent d'ailleurs pas à remonter aux années lycée. Faisons-leur confiance : les deux auteurs sont artistiquement nés le même jour, dans une cour de récréation peuplée d'incroyables dragons, d'orques aux muscles saillants et de nains barbus, porteurs de haches effilées.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que leur rencontre a débouché sur une collaboration des plus fructueuses !
Les neufs volumes de la série Arthur constituent un morceau de bravoure celtique, un monument à la gloire de nos légendes païennes, une incontournable épopée.
Dans un tout autre genre, Nuit Noire est un trippant tryptique. Ce road-movie est la preuve évidente que le polar et la bande dessinée sont faits pour s'entendre. On veut croire en des soleils espagnols, mais les rêves se crashent méchamment, contre les murs plus ou moins visibles d'une cité en béton. Le récit est effectivement noir comme la nuit, gris comme les coeurs de banlieue, beau et triste à s'en crever les yeux.
7 Voleurs est le second volume d'une série-concept imaginée et dirigée par David Chauvel, pour les éditions Delcourt. Le principe ? "7 récits, 7 missions à haut risque, 7 équipes de 7 hommes décidés à réussir, 7 scénaristes et 7 dessinateurs". Plongeant délibérément, avec délectation, dans un univers médiéval-fantastique, les crayons et pinceaux de Jérôme Lereculey donnent ainsi vie à une fine équipe de brigands. Leur quête est extrêmement périlleuse, puisqu'ils doivent s'emparer du fabuleux trésor du peuple nain, enfoui bien au chaud sous sa montagne sacrée. Amateurs de Warcraft, adorateurs de Tolkien, cette lecture est une douceur obligatoire !
A bien des égards, le dyptique Wollodrïn apparaît comme la suite logique de l'expérience 7 Voleurs. Ce dernier one-shot avait sans doute un goût de trop peu, une saveur à retrouver et étaler plus largement, sur d'autres planches.
Un groupe hétéroclite de prisonniers condamnés à mort se retrouve miraculeusement à l'air libre et investi d'une terrible mission : se frotter à des orques déchaînés, se mouvant sur leur propre territoire, et leur ravir la jolie princesse qu'ils ont capturée. Pas vraiment ce qu'on appelle une sinécure !
De prime abord, le pitch de l'histoire peut paraître classique... Seulement voilà, David Chauvel se joue des codes habituels et parvient à nous surprendre par son habile mise en scène. Guidé par une prose remarquable et des dialogues truculents, le dessin de Jérôme Lereculey se lâche pour exprimer tout son talent. Les paysages sont grandioses, les portraits délicats et expressifs, les combats tout simplement époustouflants...
Si la version couleur sent la steppe et la tourbe mêlée de sang, l'intégrale N&B sortie il y a quelques jours permet sans doute davantage d'apprécier le méticuleux travail du créateur.
Et oui, mesdames et messieurs, à ce niveau-là, on parle de Création !
Nous avons appris dernièrement le décès de Monsieur Guengant, responsable de la librairie La Pléiade, à Quimper. L'association Brest en Bulle tient à exprimer ici sa peine et regrette la disparition d'un libraire à l'ancienne, au sens noble du terme. Son accueil chaleureux et son talent de conteur vont nous manquer. Paix à son âme, qui a levé l'encre.
Comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, nous déplorons également la fermeture, le 5 novembre dernier, de l'autre librairie indépendante de la ville, Dîtes 33. Là encore, nous avions affaire à un professionnel sachant faire partager sa passion, qui proposait des éditions hors des sentiers battus et organisait de passionnantes rencontres avec les auteurs.
Oui, décidément, un mauvais vent a soufflé sur la BD quimpéroise...
1917
Notre Père, qui êtes aux cieux,
Notre Mère fait les gros yeux...
Le lieutenant Vialatte chevauche les tranchées, à bord d'un char nommé Eglantine. Il faut pousser les Boches dans leurs derniers retranchements, opérer une percée décisive, si possible assassine.
Bien sûr, les choses tournent mal... et le "héros" se retrouve bien vite sur un lit d'hôpital. A sa grande surprise, Janvier (désormais commandant) refait alors surface. Il veut relancer l'enquête sur le "meurtre des quatre femmes" et confie cette délicate mission au convalescent.
Avec l'aide du maréchal des logis Desloches (le bien nommé), Vialatte reprend donc du service. Repartant de zéro, il devra s'efforcer de résoudre l'affaire qu'on avait trop vite enterrée...
Le troisième opus de Notre Mère la Guerre est particulièrement riche et poignant. Le scénario de Kris nous balade subtilement du front à l'arrière et de l'arrière au front, suivant la destinée du personnage principal et les rebondissements de l'enquête. Le traitement des points de vue est habile et le rendu des regards saisissant.
Les combats sont toujours aussi acharnés et la violence est inouïe. L'apparition d'armes nouvelles (les chars par exemple) et l'utilisation généralisée des gaz toxiques rendent la lutte plus infernale que jamais. Les corps se brisent, se disloquent, s'éparpillent. Les gorges brûlent de mille feux et les tripes sont dégueulées dans la boue. Le dessin de Maël, ses couleurs, nous font tourner les sangs. On les aime comme on aime les tableaux d'Otto Dix: avec une grosse boule au ventre.
Et avec l'envie folle de brandir un foulard rouge. Ou un drapeau blanc.
Notre Mère la Guerre. Troisième Complainte.
Une BD de Maël et Kris, publiée aux Editions Futuropolis.
Novembre 2011